Insécurité des femmes : le cdH défend l'idée de marches exploratoires

Le Parlement bruxellois a longuement débattu ce vendredi d'un thème de société particulièrement prégnant à Bruxelles comme dans la plupart des environnements urbains : "L'insécurité des femmes dans leurs déplacements dans l'espace public à Bruxelles". Retrouvez ci-dessous l'intervention qu'y a développée, au nom du groupe cdH, le député -chef de groupe, Benoît Cerexhe, qui a rappelé les bienfaits des "marches exploratoires" permettant de mieux cibler les actions à entreprendre, quartier par quartier, permettant d'accroître la confiance des femmes dans leur déplacements dans l'espace public urbain. Voici son intervention in extenso :

Monsieur le Président,
Chers collègues,

Nous avons donc inscrit à l’ordre du jour de notre Parlement ce vendredi un débat sur le sentiment d’insécurité des femmes lors de leurs déplacements en ville. Ce débat trouve son origine dans la publication d’une étude publiée fin mai par Brussels Studies qui se propossait, dans le cadre de la rédaction d’un mémoire de fin d’études, d’analyser sur base de 10 témoignages féminins le sentiment d’insécurité des femmes lorsqu’elles se déplacent dans l’espace public. Il est intéressant de faire observer que ce mémoire s’inscrit dans un master complémentaire en « Urbanisme et aménagement du territoire ».

Ce qui rappelle évidemment toute l’importance qu’à la manière dont notre territoire est aménagé pour répondre non seulement aux contraintes physiques et environnementales d’un développement urbain, mais aussi et peut-être surtout pour satisfaire des demandes beaucoup plus immatérielles – comme la sécurité en l’occurrence, mais aussi la santé physique et mentale, la qualité de vie en général – , des demandes immatérielles directement liées au développement non plus de la Ville mais de ses hommes et de ses femmes qui la constituent.

Revenons-en donc à cette étude, intéressante certes, mais limitée tant dans son mode opératoire que son champ d’exploration. Disons-le tout de go : cette analyse mériterait d’être approfondie, par des études et actions complémentaires - j’y reviendrais- pour mieux identifier l’ensemble des éléments qui participent à ce sentiment, réel ou ressenti, d’insécurité chez les femmes. Et proposer un plan d’actions concrètes permettant d’apporter des réponses structurelles, et d’autres plus spécifiques en fonction des différents quartiers et topologies de notre Région. Ce pourrait, Monsieur le Ministre-Président, être l’une des missions que vous confierez au nouvel outil dont s’est doté la Région pour analyser la Sécurité à Bruxelles, l’organisme « Bruxelles Prévention Sécurité ».

De nos jours, il est évidemment absolument anormal, aberrant et profondément lamentable qu’une femme ait peur de se déplacer seule, préférant parfois rester chez elle ou usant de diverses stratégies pour éviter des quartiers ou des groupes de personnes. Ce constat on peut évidemment le faire pour d’autres catégories de la population : je pense par exemple, aux séniors, aux enfants, et aux personnes souffrant d’un handicap. Plusieurs éléments alimentent ce sentiment, de manière générale, comme la configuration urbanistique, la propreté, le manque d’éclairage ; 
d’autres éléments de notre environnement urbain, par contre, peuvent générer des surcroîts de sentiment d’insécurité chez des publics plus spécifiques : je pense aux attroupements de jeunes, à la faible présence visible des femmes dans certains quartiers, à la diversité ou non des populations rencontrées dans l’espace public, le degré d’animation d’une rue, d’une place, etc…

Une des méthodes utilisées pour obtenir l’opinion des femmes sur l’espace public sont les « marches exploratoires ». 
Ces marches permettent à un petit groupe de femmes qui connaissent un quartier, de s’y promener en l’observant avec un autre regard. Le groupe se déplace lentement, suivant un parcours décidé ensemble, dans des rues qui sont souvent bien connues et qu’on ne regarde plus vraiment. 
La marche exploratoire permet un temps d’observation nécessaire à la constatation d’aménagements pouvant être responsables de sensations désagréables qui nous amènent parfois à éviter certains lieux, à modifier nos déplacements dans l’espace public. La marche est encadrée par une méthodologie étudiée et décidée à l’avance pour permettre aux participantes de se pencher sur leurs ressenti. De nombreuses expériences de ce genre sont menées au Canada et en France ; elles permettent d’identifier très précisément, quartier par quartier, les éléments qui permettent de transformer des « No women’s land » en zones de vivre-ensemble. Des expériences de ce genre ont été menées à Bruxelles ; elles ont permis par exemple de déterminer qu’en rajoutant des panneaux d’informations à l’intention des piétons, l’on pouvait réduire l’anxiété et l’angoisse des femmes dans l’espace public.

La propreté aussi révèle son importance quant au sentiment que nous inspire un lieu public. Afin d’améliorer le sentiment de bien-être des femmes, il faudrait, par exemple, davantage lutter contre les tags agressifs, les dépôts clandestins, l’entretien des trottoirs et des infrastructures. La multiplication des plaines de jeux dans l’espace public permet, ici aussi, de donner une meilleure confiance aux femmes, comme l’ont démontré des initiatives menées par exemple à Dreux en France. D’autres petits aménagements sont ici aussi régulièrement suggérés, comme le manque de toilettes publiques pour femmes, le manque d’éclairage dans certaines rues secondaires par rapport à des grands axes, les difficultés rencontrées pour circuler facilement avec des poussettes, etc etc… Cette méthode participative démontre une richesse de propositions et d’idées insoupçonnées.

Ces mesures bien que nécessaires, ne seront pas la panacée à elles seules. Une autre action concrète consiste à intégrer davantage la question de la sécurité dans la réflexion urbanistique. Cela passe par un renforcement de la présence policière et/ou de l’autorité publique dans les quartiers. Rappelons-nous, qu’il y a un an, à l’initiative de la Ministre fédérale de l’Intérieur et de l’égalité des chances, est entré en vigueur un projet de loi visant à renforcer la lutte contre les discriminations et le sexisme. Le projet politique intégrant la dimension de genre défendu par la Ministre se voulait un soutien clair aux victimes en affirmant leur liberté d’aller et venir dans l’espace public.

Aujourd’hui, cette volonté de défendre les victimes des incivilités et de rassurer les personnes les plus vulnérables doit se concrétiser par un renforcement de la présence des polices de proximité sur le terrain et au contact des bruxellois.

Cette législature est marquée par les grandes ambitions qu’a le gouvernement, en termes d’amélioration du lieu de vie des bruxellois. Aménagement du territoire, mobilité, logements, environnement, sont les éléments clés de notre déclaration de politique générale pour apporter un mieux vivre aux bruxellois. En un mot, la transversalité. Et dans le débat qui nous anime aujourd’hui, la transversalité des mesures est assurément le maître-mot.

Par ailleurs, soyons vigilants à ne pas faire des choix qui mèneraient à la catégorisation des genres. Je pense ici aux éléments de réponses en termes de mobilité cités dans l’étude comme la mise en œuvre d’un service de bus adapté aux femmes qui permet de descendre entre deux arrêts ou encore les taxis roses destinées aux femmes et conduits par les femmes.

Pour le cdH, les moyens déployés pour assurer un meilleur sentiment de sécurité et le bien-être doivent être inclusifs plutôt qu’exclusifs.

Enfin, si des mesures très « pratico-pratiques » contribuent au bien-être, il nous semble que le rôle des écoles est fondamental pour éduquer les jeunes à la vie en société qui respecte toutes ses composantes, tout comme l’est celui du secteur associatif, afin d’obtenir des résultats sur le long terme en développant le dialogue, le respect, la découverte d’autrui et le mieux vivre ensemble.

Je vous remercie pour votre attention.

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